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Catégorie : Fiction

5 novembre 2021

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« Papa, raconte-moi l’histoire du début de notre siècle s’il te plaît ! »

Le père était emprunté, mais avait confiance en la capacité de sa fille à comprendre ce qu’il allait lui expliquer. L’information était tout de même complexe à comprendre, même pour un adulte. Il décida d’exposer chronologiquement les événements.

« Les avancées de la technologie de la procréation assistée avaient atteint un niveau suffisant pour pouvoir donner aux futurs parents le choix entre différents embryons préalablement fécondés in vitro. Après quelques heures de division cellulaire, les généticiens pouvaient prélever quelques cellules et déterminer si le futur enfant serait atteint d’une maladie grave ou s’il portait des traits de caractère l’amenant à un comportement anti-social, par conséquent représentant un coût élevé pour la société. »

« En effet, la science était arrivée à chiffrer que le 1/5e des personnes composant la population représentait plus du 80% des coûts reposant sur la collectivité, et que les deux traits de personnalité identifiés dans ce groupe étaient une faible conscienciosité (le fait d’être consciencieux) et une faible agréabilité (le fait d’être coopératif et attentionné). Par ailleurs, il avait été identifié que le niveau d’intelligence générale des personnes en question était largement en dessous de la moyenne. »

Le père demanda à sa fille si son discours était compréhensible, ce à quoi elle répondit que oui, qu’elle n’était tout de même pas si bête.

« Il était donc logique et raisonnable de mettre en place un programme d’eugénisme visant à éliminer les individus potentiellement dotés de maladies lourdes, ou de traits de personnalité indésirables, ce qui aurait pour conséquence de diminuer la charge financière écrasante pour les citoyens. Par ailleurs, avec un niveau d’intelligence augmenté, la productivité des sociétés se verrait largement améliorée, ce qui ne pouvait selon certains qu’amener du bonheur. »

« Vu la dégradation de situation à laquelle les différents États devaient faire face, notamment l’augmentation des dettes nationales menant à une faillite certaine, ainsi que la faible solvabilité des différents systèmes de retraites qui ne pouvaient servir les promesses qu’ils avaient faites deux générations auparavant, il fallait trouver des solutions rapides. Mais comment inciter la population à systématiquement utiliser la technologie de la procréation assistée ? »

« D’abord disponibles aux plus aisés cherchant à optimiser les chances de réussites de leurs enfants, et par là même pérenniser la dynastie familiale, le procédé s’est ensuite démocratisé aux couples cherchant à avoir des enfants sur le tard, et dont la femme n’était plus suffisamment fertile pour être fécondée naturellement. Le discours de la femme active et autosuffisante avait amené la majorité de celles-ci à oublier que la fertilité féminine atteignait son pic aux environs de l’âge de 25 ans, et les avait amenées à développer prioritairement une carrière qui leur donnait un statut social, les occupant jusque vers l’âge de 35 ans. »

La fille acquiesçât et déclara que ces femmes avaient dû être vraiment courageuses pour s’opposer au patriarcat de l’époque.

« Une fois la reconnaissance professionnelle des pairs atteinte, elles se mettaient alors frénétiquement à chercher un partenaire afin d’avoir des enfants, l’horloge biologique sonnant bientôt la fin de la partie (à 40 ans, les femmes ne disposant plus que d’environ 3% des ovules initialement disponibles). Souvent, les couples devaient se résoudre à emprunter la voie de la procréation assistée, la méthode naturelle ne fonctionnant pas. Cette augmentation de la demande avait permis aux scientifiques de développer la technologie, et de parvenir à un taux de réussite très élevé, donnant le choix aux parents en cas de détection de tares dans les embryons, le corollaire étant bien souvent la venue de jumeaux. Elle a en outre permis de faire baisser massivement le prix de telles pratiques, ce qui les démocratisaient de plus en plus. »

« La question pour les dirigeants du monde, dans l’urgence de la résolution de la crise systémique, était alors de déterminer les différentes solutions possibles. En effet, comment éviter un effondrement économique mondial et les conséquences mortelles inévitables d’un tel événement ? Il en allait de la continuation du progrès, et du bien être de la population. Un contrôle de la qualité des enfants nés afin d’éliminer une grande partie des charges dues à la génétique était non seulement séduisante par sa potentielle efficacité, mais leur donnait également un sentiment de toute puissance. La question qui subsistait était : comment accélérer le processus d’adoption de la procréation assistée ? »

« C’est alors qu’une crise sanitaire fût envoyée par la providence. Une mystérieuse maladie s’est répandue partout dans le monde, faisant émerger une peur panique dans la population. Cette peur paralysât la plupart, les citoyens furent alors en majorité prêts à tout accepter pour échapper à la mort. Un traitement fut mis en place afin de diminuer la gravité des symptômes, avec un certain succès. »

« Des effets secondaires ont toutefois malheureusement rapidement été constatés. Parmi ceux-ci figuraient des impacts sur la fécondité des femmes et des inflammations du système reproducteur masculin. C’est alors que, constatant de telles conséquences, les différentes factions dirigeantes du monde ont décidé de saisir la balle au vol en se ralliant et en poussant d’une seule voix, à travers une campagne d’information massive et des pressions sociales, une majorité de jeunes adultes ainsi que d’enfants à recevoir le traitement. En somme, ils ont décidé de faire le mal à court terme afin d’obtenir le bien à long terme. »

Le père pensât qu’il avait fallu une vision incroyablement lucide parmi les différents groupes, et qu’elle ne pouvait être que d’inspiration divine.

« Il s’en est ensuivi une diminution importante de la fécondité générale, amenant ainsi la plupart à être contrainte, deux ans déjà après le début du programme, à faire appel à la technique afin de procréer. L’impact positif est apparu environ quinze ans après les premiers traitements. Le taux de criminalité juvénile a chuté massivement, permettant la fermeture des institutions qui historiquement étaient chargées de la gestion des adolescents criminels et dangereux pour nous. Dix ans plus tard, ce sont les prisons qui ont progressivement perdu leur utilité, puisque les enfants soigneusement sélectionnés avant la naissance vingt-cinq ans auparavant ne portaient pas les germes amenant à la misanthropie et à la violence. »

« L’autre effet important a été que les fonctionnaires qui officiaient dans ces structures ont été forcés de se recycler, par conséquent de devenir créatifs. Cette créativité a amené une grande richesse culturelle, car leurs anciens métiers étaient délétères et les amenaient dans une déprime permanente les empêchant de développer leur potentiel réel. Ainsi beaucoup ont créé leur propre activité par nécessité, pour ensuite s’épanouir dans celle-ci. Ils ont par ailleurs pu profiter des capacités des premiers enfants procréés par sélection arrivant sur le marché du travail, qui étaient dotés d’un niveau d’intelligence supérieur, étaient sociables et collaboratifs. Il s’est ensuivi la plus grande période de croissance scientifique et économique de toute l’histoire de l’humanité. »

Une pensée vint au père, qui prit conscience de la chance que l’humanité avait eue en la vision des sages dirigeants de l’époque, celle-ci s’étant réalisée à travers une conjonction incroyable d’événements. Il fût pris d’un sentiment de gratitude en regardant sa fille et remerciât intérieurement les anciens.

« Tu vois ma chérie, les décisions prises ont été bonnes, car elles ont évité un retour de l’humanité au moyen-âge. Le pari était risqué, et il a fallu sacrifier une génération parmi les personnes récalcitrantes, mais il a payé au-delà de toute espérance. Nous vivons maintenant dans une société où la nécessité d’aide aux personnes faibles n’existe plus, nous pouvons donc nous consacrer tout entiers au progrès et à la créativité. Il faut remercier la science et les sages décideurs qui ont pris les bonnes décisions aux bons moments. Nous vivons grâce à eux une époque de paix et d’altruisme, dans une société une et indivisible ».

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