Les investisseurs devraient être sceptiques face aux dividendes élevés


Il est difficile d’être un investisseur de rendement, tirant des revenus de ses placements.

La crise COVID-19 a conduit la réserve fédérale américaine et la banque centrale européenne à pousser les taux d’intérêt à leur niveau le plus bas depuis une décennie, ce qui signifie que l’une des principales sources de revenus pour l’investissement passif, les obligations d’État, ne paie plus beaucoup, voire plus du tout.

En ce moment, il est impossible de tirer un revenu intéressant des obligations. Même les obligations à 10 ans rapportent moins de 1%, voire sont en négatif, à de rares exceptions :

  • Bon au trésor américain, +0.71%
  • Titres du trésor protégée contre l’inflation, -0.43%
  • Bund allemand, -0.40%
  • Obligation du Royaume-Uni, +0.22%
  • Obligation française, +0.01%
  • Obligation italienne, +1.50%
  • Obligation suisse, -0.49%

Il n’est donc pas surprenant que de nombreux investisseurs se tournent vers les actions qui peuvent leur procurer un revenu passif, sous forme de dividendes.

Après tout, si vous recherchez les titres qui offrent les rendements les plus élevés (le montant des dividendes versés sur une année divisé par le cours actuel de l’action), vous trouverez de nombreuses actions qui rapportent plus que les obligations en ce moment.

Mais il faut être prudent, car la performance vient bien entendu de paire avec le risque.

Prenons par exemple Tupperware (TUP), l’entreprise bien connue de vente à multi-niveaux d’objets en relation avec la cuisine. Fin octobre 2019, l’action était en bonne forme relative et son rendement en dividendes était de 11 % par an.

Vous avez bien lu. Cela signifie que si vous aviez investi 100 000 dollars dans Tupperware à cette époque, vous auriez pu gagner 11 000 dollars par an, rien qu’avec son dividende.

Sauf que la réalité a été un peu différente pour les investisseurs de Tupperware à partir de 2019. Voici le mouvement du prix de l’action :

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Entre fin octobre 2019 et mi-mars 2020, le titre a chuté de 87 %. Et l’un des catalyseurs de cette baisse a été son dividende élevé. C’est une bonne idée de rechercher des actions qui versent des dividendes élevés, toutefois il y a des écueils à éviter.

Je vais donc vous montrer comment des investisseurs intelligents ont vu que le dividende de Tupperware n’était pas durable, et ainsi éviter de perdre une partie de votre capital.

Les actions à haut dividende peuvent faire couler votre portefeuille

Vous avez peut-être entendu parler des « junk bonds ». Ces obligations rapportent des intérêts très élevés. Mais il y a un hic. Elles sont tellement risquées qu’il n’y a aucune garantie de récupérer votre capital.

Il en va de même pour les actions et leurs dividendes. Les actions qui rapportent les dividendes les plus élevés sont souvent plus risquées que celles qui rapportent moins. Tupperware a été un exemple de société où le dividende versé était trop élevé.

Comme je l’ai dit plus haut, l’année 2019 était excellente pour le titre. Puis, le 8 novembre, l’entreprise a suspendu son dividende. Aucune raison n’a été donnée, mais la direction a déclaré qu’elle devait « améliorer sa flexibilité financière ».

Comme le rendement en dividendes de la société est passé de 11 % à zéro, le cours de l’action a plongé. Il ne s’agissait toutefois pas d’une escroquerie, Tupperware étant bien établie et ses produits distribués partout dans le monde.

Mais les actions à dividendes élevés attirent les investisseurs qui apprécient les revenus réguliers. Les actions à dividendes élevés doivent donc continuer à rapporter des dividendes élevés, sinon les investisseurs iront ailleurs, entraînant ainsi le prix de l’action à la baisse.

C’est ce qui est arrivé à Tupperware, il y a toutefois eu des signes préalables que cela allait arriver.

Drapeaux rouges en vue

Voici comment repérer une action dangereuse, dans le contexte d’un dividende élevé :

  • Il s’agit d’entreprises à dividendes élevés qui ne peuvent pas se les permettre.

C’est simple. Vous ne pouvez pas gagner 3’000 euros par mois et payer un prêt hypothécaire de 5’000 euros par mois.

De même, si une entreprise a un revenu net d’un milliard de dollars et dépense deux milliards de dollars en dividendes, elle sera bientôt en difficulté. Comme les entreprises à haut dividende tirent leur valorisation de la continuation du versement de celui-ci, elles ont tendance à le maintenir, y compris lorsqu’elles accusent des résultats négatifs.

Avec Tupperware, son revenu net a suffi à couvrir ses dividendes pendant la majeure partie de la dernière décennie, mais en 2017 les choses ont changé. Voyez par vous-même :

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En 2017, la société a versé un dividende par action de 2.72$, alors qu’elle a perdu 5.22$ par action cette année-là. C’était le drapeau rouge numéro un.

Puis, l’année suivante, le revenu par action a à peine pu couvrir le dividende versé. En 2019, le dividende a été à nouveau plus élevé que le bénéfice, ce qui a mené à la suspension du premier.

Mais les investisseurs avisés ont vu que les difficultés couvaient depuis longtemps. Il suffisait de jeter un coup d’œil dans les données fondamentales pour se rendre compte qu’il y avait un problème potentiel.

Dans un cas comme celui-ci, non seulement vous pouvez perdre le dividende, mais vous pouvez également voir la valeur de votre position totale s’effondrer.

Comment éviter ce type de risque ?

Tupperware n’est pas le seul cas d’une entreprise qui surpaye ses actionnaires, et il n’est pas nécessaire d’avoir un dividende élevé pour que cela soit le cas.

Voici quelques exemples de titres qui sont dans le même cas que Tupperware, les dividendes versés étant plus élevés que le bénéfice net en 2019 :

  • Procter & Gamble (PG), bénéfice par action de 1.43$, dividende versé de 2.9$
  • Essex Property Trust (ESS), bénéfice par action de 6.66$, dividende versé de 7.8$
  • Chevron Corp (CVX), bénéfice par action de 1.54$, dividende versé de 4.76$
  • Exxon Mobil (XOM), bénéfice par action de 3.36$, dividende versé de 3.43$
  • Relaty Income (O), bénéfice par action de 1.38$, dividende versé de 2.72$

Vous devriez être sceptique quant à ces entreprises si vous avez adopté une approche d’investissement ayant pour objectif l’encaissement du dividende à long terme.

À titre de règle empirique simple, il vaut donc mieux se fier aux actions dont le revenu net dépasse largement les dividendes versés, et si possible que ces derniers augmentent avec le temps. L’ETF ProShares S&P 500 Dividend Aristocrats (NOBL) est un excellent point de départ pour rechercher ce type d’entreprise. Les entreprises en question ont souvent des valorisations élevées et par conséquent un rendement en dividende plus faible, mais c’est le prix d’une plus grande sécurité.

Il n’y a pas de moyen facile de gagner de l’argent sur le marché, et aucune garantie qu’une entreprise ne vas pas annoncer des résultats décevants ou couper son dividende, particulièrement durant cette période de crise sanitaire. Fixons-nous donc des règles de sélection de titres afin de réduire le risque autant que faire se peut.

Bons investissements.

Eric Mermod