Ne pariez pas sur une reprise en forme de « V »


Selon le Bureau américain d’analyse économique, les dépenses de consommation représentent près de 70 % de l’ensemble de l’économie des États-Unis. Sur ce total, environ 40 % sont des ventes au détail. En mars, le total des ventes en question a chuté de 8,7 %, la pire chute depuis que le ministère du commerce a commencé à suivre ce chiffre il y a 30 ans. À titre de comparaison, au plus fort de la crise financière de 2008, les ventes au détail n’ont baissé que de 3 % environ. Les prochains chiffres seront publiés le 15 mai, et promettent d’être catastrophiques. N’oublions pas que les commerces étaient encore ouverts pendant au moins la moitié du mois de mars 2020. Les chiffres d’avril seront probablement bien pires. Les entreprises ne tournent pas et personne ne voyage. Les dépenses ont pratiquement disparu, sauf les dépenses de base. La déflation est en outre en phase d’apparaître, avec un indice des prix à la consommation qui chute rapidement, à 0.3% de croissance par rapport à l’année précédente : Les marchandises vont commencer à s’accumuler et les employeurs vont supprimer encore plus d’emplois. Pendant ce temps, les politiciens et les têtes pensantes sont optimistes et pensent que lorsqu’ils signaleront la fin de la crise, les choses reviendront à la normale. Ils parlent d’une reprise en forme de « V ». Mais cela ne peut pas se produire à moins que les gens ne recommencent à dépenser en force. Durant les 7 dernières semaines, plus de 33 millions de personnes on déposé une demande d’indemnités de chômage, et près de 23 millions bénéficient actuellement d’indemnités. La destruction du nombre de postes de travail (hors agriculture) s’élève à près de 13%, en 1 mois : Pas d’emplois. Pas de salaire. Pas de dépenses. Certains argueront qu’il ne s’agit que de chômage provisoire. Cependant, les entreprises de mois de 500 employés représentent environ 45% du produit intérieur brut américain, et près de 50% des emplois. Lorsqu’un nombre non négligeable de ces entreprises ne rouvriront pas car elles n’auront plus de liquidités, le chômage provisoire deviendra une situation de moyen-long terme. Il ne suffit pas de claquer des doigts pour que la population oublie simplement et recommence à consommer de la même manière qu’avant cette crise. Si vous empêchez le cœur de l’économie de battre, il faudra un certain temps avant qu’il ne se remette en marche. L’inertie est partout. Le fait est que l’économie a eu une crise cardiaque. Aujourd’hui, elle est sous assistance respiratoire. Elle ne va donc pas courir un marathon demain. Dans ce contexte, il s’agit de rester prudents quant à nos investissements et spéculations dans les entreprises, regardons derrières le miroir aux alouettes. À la prochaine.

Eric Mermod