La reprise qui n’en était pas une

On assiste depuis la semaine dernière à une reprise du marché des actions, le sentiment de marché étant à la hausse.

Revenons quelques semaines en arrière, plus précisément le 1er mars. Faisant suite à la première plonge du prix des indices d’actions, j’écrivais dans la vue hebdo quelle était mon approche générale concernant les prochaines semaines :

  1. Ne pas acheter la correction « buy the dip », ne pas augmenter ses positions en actions
  2. Vendre certaines positions qui performent dans ce contexte
  3. Attendre un potentiel rebond pour diminuer l’exposition longue dans les actions
  4. Augmenter l’exposition short en actions, et les obligations d’état américaines

La semaine suivante, les actions ont rebondi, puis sont reparties à la baisse dans un nouveau mouvement de panique :

Échelle hebdomadaire

La volatilité implicite a atteint des niveaux très élevés (85%) et continue à subsister à plus de 60%, ce qui indique un risque de baisse des prix très élevé :

Échelle hebdomadaire

La semaine dernière, un nouveau narratif a émergé : le « rebalancement » des portefeuilles, soit le rééquilibrage de la proportion d’actions et d’obligations. Les médias financiers ont promu la vente d’une partie des positions obligataires afin d’acheter des actions. Il s’agissait d’inciter les gestionnaires de portefeuilles et les investisseurs à acheter des entreprises « pas chères » qui sont des « opportunités » dans un contexte de fin de chute de marché.

Il y a juste un problème : les entreprises en question sont entravées/bloquées par les différentes mesures prises dans le cadre de la propagation du coronavirus, par conséquent les revenus et bénéfices de celles-ci ralentissent de plus en plus, jour après jour.

Après la première salve de nouvelles demandes de chômages aux USA de 3.28 millions de personnes (!) la semaine dernière, nous allons assister à une continuation des mises à pied et à l’accélération des faillites d’entreprises petites et moyennes, probablement à partir du milieu du mois d’avril.

En outre, vu l’évolution de la contagion, particulièrement aux États-Unis, il semble que les mesures de confinement soient vouées à se prolonger, jusqu’à fin mai semble-t-il. Ici la courbe de progression des cas positifs de New-York, avec une modélisation prévoyant un confinement strict :

source : Global Macro Investor

Nous avons donc un secteur des services quasi à l’arrêt, et simultanément une augmentation des prix des actions tirés à la hausse par l’espoir d’une résolution rapide de la crise sanitaire. Malgré les opérations d’achat des banques centrales, principalement axées sur la maîtrise du marché obligataire et de la dette immobilière, il appert toutefois fortement improbable qu’un miracle se produise.

En conséquence, il s’agit d’un rebond, et pas d’une continuation du marché haussier des 11 dernières années. Il est plus que jamais primordial de protéger son épargne dans ce contexte de rupture de la linéarité des événements.

Restez à l’affût.

Eric Mermod