L’état, cause du fossé de richesses ?

On entend souvent le discours suivant : les riches sont de plus en plus riches, les pauvres de plus en plus pauvres.

Traduction : une minorité détient la majorité du capital, et la disproportion augmente.

J’aimerais discuter ici d’une idée qui me semble mériter qu’on s’y penche.

La gratification différée, soit le fait de remettre à plus tard une gratification plus grande que celle que nous recevrions tout de suite, est l’expression du contrôle de soi dont fait preuve un individu ou un groupe de personnes.

Une vision à plus long terme semble expliquer pourquoi un enfant attend avant de recevoir deux guimauves, alors qu’il aurait pu en manger une immédiatement (test du marshmallow). S’il est capable de rester stoïque face à la gourmandise, c’est que sa capacité de projection dans une situation où il mange deux gourmandises prend le dessus.

Au niveau financier, il s’agit d’une observation similaire : un investisseur ou un entrepreneur est par définition une personne capable de différer ses dépenses immédiates, de prendre un risque pour profiter plus tard d’un rendement ou d’une plus-value. Il est évident que c’est cette perspective, et la maîtrise de soi, qui lui fait prendre sa décision d’investissement, particulièrement s’il s’agit d’une opération à long terme.

La tendance dans nos sociétés occidentales semble être, de manière générale, d’aider les plus faibles et ceux qui font montre de ne pas parvenir à se débrouiller seuls, alors qu’on ne fait pas cas de la personne apparemment stable et qui ne demande aucune aide. Nous aboutissons ainsi, au niveau structurel, au concept de redistribution de richesses.

Examinons maintenant ce qui se produit dans un pays où la redistribution de richesse est érigée en vérité absolue : par le mécanisme de l’impôt, nous transférons une partie de la richesse d’une personne / d’une organisation qui a accumulé des excédents, vers d’autres personnes / organisations qui ont besoin qu’on les soutienne.

En d’autres termes, on punit la compétence, et on récompense l’échec.

À l’extrême de cette logique, on considère qu’il est normal d’amputer tout l’excédent de celui qui a brillamment réussi, pour le redistribuer entièrement à ceux qui ont échoué. Au pire, on ostracise les plus créatifs et anticonformistes, qui se voient obligés de s’exiler pour sauver leur vie (les exemples de population ayant supérieurement réussi dans le commerce ou la science, et qui par la suite ont été contraintes de fuir sous peine de mort, sont légion).

Ceci amène les personnes les plus productives à s’expatrier dans d’autres juridictions plus clémentes, afin d’optimiser le réinvestissement des excédents accumulés, et ainsi créer plus de richesses profitant à tous.

Que se passe-t-il concrètement lorsqu’une société fait fuir massivement ses citoyens les plus brillants ? Le niveau général de capacité de maîtrise de soi, de report de la gratification, et de self-contrôle baisse. En somme, le niveau de la société en question tend vers une vision à plus court terme axée sur la consommation, et constituée d’une majorité de personnes incapable de se suffire à elles-mêmes.

Le processus est progressif, si bien que les erreurs politiques d’une génération créent un problème grandissant pour la suivante, qui elle-même souffre déjà du déficit de compétences cité plus haut. Les responsables politiques issus de cette cohorte sont par conséquent probablement moins brillants.

Ainsi va le cycle de dégradation, pour s’enfoncer dans une politique défavorisant l’innovation et la vision à long terme, et chargée de l’obligation d’aider un nombre grandissant de personnes dépendantes.

À ce point, les entrepreneurs les plus pragmatiques (au sens de cynique) auront utilisé la corruption afin d’utiliser l’état, et son pouvoir coercitif, pour imposer des règles empêchant les potentiels concurrents d’émerger. Ils s’assurent ainsi une position de quasi-monopole.

Tout ceci aboutit à un fascisme économique, où l’état et les grandes entreprises constituent un bloc de puissance indétrônable, qui accélère encore plus la fuite d’investisseurs et d’entrepreneurs créatifs, cherchant des cieux plus cléments pour développer de nouvelles idées.

À ce moment, le fossé de richesse entre les plus riches et les plus pauvres est à son paroxysme : la société est constituée d’un groupe relativement restreint de personnes en position avantageuse et ayant accumulé des actifs et de la puissance, et une masse majoritairement dépendante et consommatrice.

Ainsi la coercition, particulièrement l’obligation de payer un impôt ayant pour but de récompenser les comportements improductifs, engendre une accélération de la disparité. En d’autres termes, la redistribution forcée de richesses constitue une cause fortement aggravante de la fracture sociale.

Qu’en pensez-vous ?