Turquie – un demi-point pour la Russie

La tentative de coup d’état qui a eu lieu en Turquie est la suite logique du rapport de force entre Moscou et Ankara. Après sept mois de froid diplomatique faisant suite à la perte d’un avion russe sur territoire syrien au mois de novembre 2015, la sédition au sein de la société turque est passée brutalement à l’action.

En décembre 2015, j’écrivais que le nouvel objectif formulé de manière indirecte par la Russie était un changement de présidence à la tête de la Turquie. Il s’agissait pour les russes de dévoiler des informations concernant la collaboration de la famille proche du président dans le financement indirect de l’état islamique au Levant. Ces informations dévoilées, il était clair que les factions plus conservatrices de Turquie, ainsi que celles plus morales, allaient réagir par un mouvement visant la destitution du président corrompu.

C’est ce qui s’est produit ces derniers jours. Une tentative de putsch par les armes par un groupe de militaires revendiquant un retour à la démocratie, à la société ouverte et libre. On observe ces dernières années une politisation de l’Islam en Turquie, et la transposition des règles coraniques dans le droit. Les putschistes cherchent donc à rétablir le mouvement inverse, dans la ligne de celui d’Atatürk, icône de la Turquie laïque moderne.

Après ces événements, plusieurs pays occidentaux ont condamné la tentative de coup d’état. La Russie n’a pas commenté officiellement celui-ci, et il ne faut pas s’attendre à une communication allant dans ce sens. Le président Poutine ne soutiendra pas le président Erdogan. En outre, il semble que la peine de mort soit réintroduite en Turquie, ce qui l’éloignerait définitivement de l’Europe. On assiste donc à un isolement de la Turquie du point de vue international, ce qui constitue un demi-point pour la Russie.

L’objectif stratégique caché des russes, c’est la reprise de contrôle du détroit du Bosphore et de celui des Dardanelles, afin d’avoir une projection navale garantie pour la flotte de la mer noire. Cet objectif n’est pas atteignable tant que la Turquie est membre de l’OTAN. L’éloignement de l’Europe est un pas vers l’éloignement de l’OTAN. D’ailleurs, les communiqués de presse de John Kerry et Frederica Mogherini ont eu lieu ensemble. Ainsi, en fonction du traitement réservé aux putschistes, par exemple des exécutions sans jugement de certains dirigeants, l’Europe et les États-Unis ne pourrons que se distancier du pouvoir turc, ce qui serait le second demi-point pour la Russie.

Pour l’instant, nous assistons à une purge conséquente de l’armée et des services de l’état. A titre d’exemple, environ 45% des généraux de l’armée sont actuellement en détention. La part des « rebelles » est donc particulièrement élevée.

La popularité d’Erdogan après ces événements, contrairement à ce qui est affirmé dans la presse, augmentera uniquement auprès des partisans du pouvoir actuel, le reste de la population n’aura que de la haine envers son président.

Ainsi, la Russie n’a qu’à attendre son heure.

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